« 120 battements par minute » : le coup de coeur ciné de la rentrée

0
50

En mai, à Cannes, les festivaliers sortaient les yeux rougis de la salle de projection. « 120 battements par minute », de Robin Campillo, qui a obtenu le Grand Prix du jury, montre le combat acharné d’un groupe de militants d’Act Up-Paris au début des années 1990. Séropositifs ou non, filles et garçons secouent l’inertie étatique, l’indifférence des laboratoires et la léthargie de l’opinion publique. C’est le fil de l’urgence qui palpite tout au long de ce beau film historique et intime. On revient de loin et on a oublié. Oublié combien, dans les années 1980, le sida était compris comme une punition divine par nombre d’intellectuels qui niaient leur homophobie ou comme une fatalité contre laquelle on ne pouvait pas faire grand-chose. On est suspendus aux discussions des protagonistes, saisis par leur violence dialectique, leur intense énergie, leur créativité qui les pousse à imaginer sans cesse de nouveaux slogans et des coups d’éclat pour repousser la mort. L’erreur rétrospective, induite par l’accueil extrêment positif du film, serait de croire que les actions tonitruantes d’Act Up étaient bien acceptées. Elles étaient honnies. Mais c’est la magie du cinéma que de permettre à tous de s’identifier à l’exclusion bien réelle d’un groupe et d’en faire comprendre les ravages.
 

« 120 battements par minute », de Robin Campillo, avec Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel.

Cet article a été publié dans le magazine ELLE du 18 août 2017.
Pour vous abonner cliquez ici.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here